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LA BIENNALE 3000 PAR ETIENNE BOULBA, CRITIQUE D’ART ET UNIVERSITAIRE
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COMMENT VIVRE ENSEMBLE ? CETTE 27 ème BIENNALE DE SAO PAULO AURA-T-ELLE ETE LA BIENNALE POPULAIRE ET DEMOCRATIQUE QU’ELLE PRETENDAIT ËTRE ? AVEC TOUS LES LOGOS DE SES SPONSORS ACCROCHES DANS LE DOS, CETTE BIENNALE PERD TOUTE CREDIBILITE PAR RAPPORT A SON PROPOS INITIAL ? LA MARCHANDISATION DE LA CULTURE, A L'EGAL DE CELLE DU SPORT, RESTE LA VRAIE QUESTION DE CETTE BIENNALE, QUI N'A RIEN DE POPULAIRE, NI DES BANLIEUES PERIPHERIQUES, COMME ELLE A PRETENDU NOUS LE FAIRE CROIRE !

SEUL INTERNET PEUT NOUS LAISSER ESPERER DANS LE TEMPS ET LE CHANGEMENT DE CULTURE QUI S'AMORCE.

EN ALTERNATIVE, LA BIENNALE DE L'AN 3000 DE FRED FOREST SE PRESENTE POUR LE FUTUR COMME UN MODELE EXPERIMENTAL PROBABLE. NOTRE SEUL ESPOIR ET NOTRE SEULE CHANCE D'UNE VERITABLE DEMOCRATISATION DE L'ART, ACTUELLEMENT SOUS DOMINATION ECONOMIQUE ET IDEOLOGIQUE DU MARCHE.

EST-IL ACCEPTABLE POUR NOTRE DIGNITE QUE CE SOIT LES SOCIETES COMMERCIALES ET LES PUISSANCES FINANCIERES QUI DECIDENT DE NOTRE IMAGINAIRE, COMME DE NOS VALEURS D'ORDRE SYMBOLIQUE ? C’EST LA QUESTION AIGUE QUI SE POSE.

La Biennale 3000 de Sao Paulo mise en place par Fred Forest en octobre 2006 constitue un événement qui restera dans l'histoire de l'art comme un nouveau modèle de la production de l’art, de sa reconnaissance, de sa diffusion et de son rapport au public, dans la société d'information et de communication qui est désormais la nôtre. 

La Biennale 3000 est une Biennale planétaire, numérique, participative et prospective à la fois dans un espace physique le MAC (Musée d'Art Contemporain de Sao Paulo) et l'espace virtuel d'Internet 

De nombreux critiques d'art, réunis à Paris pour leur Congres International en octobre 2006 (AICA), l'ont déjà admis, lors d’un débat animé par Lisbeth Rebollo, conservateur en chef du MAC (Musée d’Art Contemporain) de Sao Paulo. Au-delà de la 27e Biennale officielle qui en a été le point de fixation, la Biennale 3000 de Sao Paulo met en interrogation critique les circuits de l'art contemporain et leur fonctionnement. À la date 1er novembre 2006, l'action Biennale 3000, conçue et réalisée par Fred Forest, simultanément à la 27ème Biennale officielle de Sao Paulo, peut être déjà considérée comme un succès particulièrement significatif. Il est à noter que ce projet va continuer à se développer dans le temps. Par conséquent, du fait de la communication virale, induite par l'artiste sur Internet à l’aide de ses propres réseaux, ce succès ne peut encore que prendre plus d’ampleur. À l'heure actuelle plus de 1000 participations se sont manifestées avec beaucoup d'envois qui émanent bien sûr du Brésil et d'Amérique Latine, mais aussi de France, du Portugal, du Canada, de Belgique, d'Italie, de Slovénie, d'Autriche, de Pologne etc. Des peintures, des dessins, des photos, des vidéos, des performances, des sculptures, des poèmes et une réflexion théorique sur l'art, indiquent une large diversité des disciplines représentées comme de leurs contenus 

Certes, on peut constater que la participation s'avère déjà massive, mais ce qui retient au premier chef l'attention c'est, d'une façon globale, la " qualité " en elle-même des œuvres proposées par les internautes ! L'expérience de Fred Forest constitue une expérience enrichissante dans la mesure où elle nous fait nous interroger en matière d'art contemporain sur la pertinence du jugement des experts (les commissaires de Biennales et autres manifestations) qui en tout arbitraire, refusent ou ignorent des artistes, qui sont mis ainsi dans la quasi impossibilité de pouvoir présenter leurs œuvres au public. 

Le congres International de l'AICA (Association Internationale des Critiques d'Art) qui s’est déroulé a Paris en 2006, entérine de facto une crise de la profession, devant cette difficulté de sélection, sans cesse grandissante. Le congres note un déplacement de plus en plus marqué de l'esthétique vers le sociologique, voire l'anthropologique. Le problème que souligne Forest, (qui par ailleurs est Docteur d'Etat de la Sorbonne, donc fondé de pouvoir porter une appréciation sur cette situation, au même titre qu'un commissaire de n'importe quelle exposition officielle… ) c'est que l'omniprésence du marché, aussi bien à Sao Paulo, la documenta de Kassel, la Biennale de Venise ou la FIAC de Paris, contribue à des partis pris esthétiques et idéologiques sous leur influence directe ou indirecte. Qu’en est-il alors du jugement relevant de la qualité esthétique ? C'est donc l'économie et la finance qui, en dernier ressort, détermineraient et légitimeraient, ce que sont les valeurs symboliques dans notre société actuelle et les imposeraient ? Pour aller vite, on pourrait dire que ce n'est plus Kant qui en décide ou Artur Danto, mais Bill Gates aujourd'hui, et Google demain ! Si la 27e Biennale recours à Roland Barthes pour légitimer son concept fondateur, en matière d'emprunt à la réflexion universitaire française, elle aurait pu aussi bien se référer, a contrario, à un autre philosophe, comme Jean Baudrillard, qui a eu l'occasion, quant à lui, de dénoncer, haut et fort, l'art contemporain comme étant une imposture. (un article désormais célèbre publié sous sa signature par le journal Libération) 

Le second point à mettre en exergue, c'est comment l'action de Forest met en évidence l'échec de cette 27e Biennale 2006 qui prétendait bien imprudemment, à grands renforts d'effets d'annonces et de colloques préparatoires, être une biennale populaire, périphérique, éclatée etc... L’échec de ce point de vue est édifiant et ce n'est pas deux ou trois collectifs politico-syndicalistes et autres, instrumentalisés, ici, apparaissant comme alibis, qui changeront quelque chose à la donne. Lisette Lagnado est beaucoup trop intelligente pour ne pas savoir que la question de l'art n'est pas une question de bons sentiments mais d'éducation, de milieu social et de transformation des superstructures comme aurait dit Marx. En l'occurrence ce n'est pas un philosophe du collège de France, (mort de surcroît, avant que naisse Internet), qui pourra y changer quelque chose à la donne, avec la caution posthume de son autorité, mais, en toute hypothèse, un politique, de la trempe de Lula, si toutefois un entourage inexpérimenté ne le fait pas chuter trop vitre à cause de quelques scandales malheureux comme il en a couru le risque. (?) 

L'action de Fred Forest vise par une démonstration critique à montrer, d'une part, l'arbitraire des choix dans les Biennales officielles et à démontrer que les réseaux d'Internet et leurs espaces virtuels, sont en mesure de constituer une alternative qui, avec le numérique, nous conduit vers un changement de culture inexorable. Dans l'action de Forest des artistes reconnus et importants ont déjà pris la peine de manifester leur présence. C'est le cas d'Eduardo Kac, Clemente Padin, Maurice Benayoun, Miguel Chevalier, Lucas Bambozzi, Gilbertto Prado, Roland Baladi, Roland Sabatier, Jean-Noël Laszlo et des dizaines d'autres encore. Mais il y a aussi dans la Biennale 3000 de nombreux artistes présents qui n'ont jamais été invités par une Biennale quelconque, et dont l'intérêt artistique manifeste que présente leur production n'a rien à envier à tout ce qu'on peut voir dans les galeries de New York, de Londres, de Milan ou de Berlin, ou même certains musées d'art contemporain. Des Musées qui souvent se contentent de suivre le mouvement et d'emboîter la pas au marché. Un marché qui sous forme du marketing culturel fait et défait les valeurs et les réputations en fonction de manipulations boursières. 

L'artiste nous montre avec cette Biennale 3000 que des voies alternatives s'ouvrent aux artistes, maintenant qu'ils sont en mesure d'utiliser eux-mêmes les technologies de communication.

Vainement, Fred Forest a réclamé de Lisette Lagnado, commissaire générale de cette 27 ème Biennale officielle, et en tout courtoisie, la possibilité d'organiser un débat public sur ces questions… La seule réponse à ce jour, aura été un refus, sous forme d’un silence embarrassé et prudent. 

Enfin, pour terminer, il faut dire que Fred Forest a implanté à l’époque une installation dans le MAC avec un dispositif par lequel sa Biennale de l'An 3000, d'une façon minimaliste, permet par un petit trou minuscule pratiqué dans le mur, de découvrir l'immensité du monde. L'immensité d'un monde infini, où les images, les sons, les paroles, les vidéos, se propagent désormais à travers un espace virtuel que l'art actuel s'approprie désormais. Si la 27eme Biennale officielle de Sao Paulo ne présente pas, sur des centaines d’artistes exposants, une seule installation raccordée à Internet, Fred Forest vient faire la démonstration, quant à lui, qu'il a parfaitement réussi la Biennale populaire, périphérique et éclatée que la Biennale officielle aurait tant aimé réaliser. Il faut espérer que riche de cet enseignement que lui donne un artiste, la Biennale officielle réussira son pari en l'an 3000...

Etienne Boulba

(Novembre 2006)  

 

Critique d'art indépendant et universitaire